09/07/2020 BARCELONA

Pourquoi les Français ne veulent pas travailler deux ans de plus ?

Tout le pays a été perturbé par les grèves et manifestations pendant plusieurs semaines, tous les secteurs s’y sont mis. Et pourquoi ? Parce que les Français dans leur grande majorité, s’opposaient farouchement à cette réforme qui les ferait travailler plus longtemps.

On n’en parle déjà presque plus, et pourtant les retraites françaises ont fait la une des journaux pendant plusieurs mois. Tout le pays a été perturbé par les grèves et manifestations pendant plusieurs semaines, tous les secteurs s’y sont mis. Et pourquoi ? Parce que les Français dans leur grande majorité, s’opposaient farouchement à cette réforme qui les ferait travailler plus longtemps. L’ampleur de cette mobilisation n’a pas fini d’étonner le reste du monde, où quasiment personne n’a droit à une retraite à 60 ans. Essayons de comprendre un peu mieux…

La réforme en quelques lignes

Il s’agit de relever l’âge légal de la retraite de 60 à 62 ans, et l’âge auquel on a droit à une retraite à taux plein de 65 à 67 ans. La durée de cotisation passera de 40 ans aujourd’hui à 41,5 ans en 2020. Des exceptions sont prévues pour les carrières longues (les salariés qui ont commencé à travailler à 18 ans pourront toujours partir à la retraite entre 58 et 60 ans) et pour les carrières pénibles (les salariés qui ont des problèmes de santé liés à la pénibilité de leur emploi bénéficieront d’une retraite à taux plein à 60 ans). Les taux de cotisation du public (7,85%) s’aligneront sur ceux du privé (10,55%). D’autre part, des prélèvements sur le capital (dont un impôt sur les stock-options) sont prévus pour financer les retraites.

La mobilisation contre la réforme

La huitième journée de mobilisation, ce samedi 20 novembre, montre des chiffres en baisse : entre 375000 et 1,2 million de manifestants. C’est peu dire qu’il y a débat sur les chiffres… il y a en fait une éternelle guerre des chiffres entre le gouvernement et les syndicats ; guerre qui donne lieu à ce genre d’absurdité : le 23 septembre 2010, il y avait en France 410000 manifestants selon la police et 2,9 millions selon les syndicats. Et le présentateur du 20h annonce sereinement ces chiffres (avec un facteur 7 d’écart !) que tout le monde accepte. Toutefois, personne ne nie que la mobilisation ait été massive. Les grèves ont touché de très nombreux secteurs (trains, métro, aéroports, média, la poste, hôpitaux, justice), les étudiants et lycéens se sont mobilisés, les blocages ont fait la une de tous les journaux (en France et à l’étranger). Et surtout, un chiffre très révélateur : au plus fort de la mobilisation, 70% des français soutenaient les mouvements selon un sondage réalisé par L’IFOP pour Dimanche Ouest France.

Les Français vivent 10 ans de plus qu’avant mais ne veulent pas travailler 2 ans de plus

Face à tout cela, l’Europe et le reste du monde reste perplexe. On savait les Français prompts à descendre dans la rue pour défendre leurs droits mais cette fois cela semble vraiment exagéré. Après tout, personne en Europe – sans parler du reste du monde – ne part à la retraite à 60 ans. Alors quoi ? Quelle mouche a piqué les Français ?

On peut avancer plusieurs explications

D’abord, évitons de considérer les Français comme de grands enfants desquels il s’agirait de comprendre les caprices. On pourrait bien sûr parler des lycéens qui manifestent pour sécher les cours, de la mentalité d’assistés des fonctionnaires qui s’accrochent à leurs avantages sans voir que le monde avance, ou encore des syndicats qui prennent la France en otage à la moindre occasion. Il y a certainement des individus concernés par ces stéréotypes, il y a certainement des arguments pour défendre ces thèses, mais essayons d’éviter les clichés trop grossiers.

Une réforme insuffisante et injuste ?

Tout d’abord cette réforme est loin d’être parfaite. Les arguments les plus souvent avancés par ses adversaires concernent l’insuffisance d’une réforme « de court terme », et l’injustice qui défavoriserait les plus pauvres et les travailleurs les plus fragiles. Si on tente de résumer :

– Aucune perspective n’est prévue après 2018, la réforme n’est pas du tout suffisante pour parvenir à équilibrer le régime des retraites à long terme.

– La pénibilité n’est pas assez prise en compte. Les seuls cas prévus sont ceux dans lesquels on peut prouver une dégradation physique due à l’emploi. On ne prend donc pas en compte les effets non visibles et de long terme.

– Les « travailleurs fragiles » sont défavorisés. Par exemple les travailleurs qui ont été au RMI (revenu minimum d’insertion) pendant un temps, ou les parents qui ont pris des congés pour s’occuper des enfants (principalement les femmes) et n’ont donc pas cotisé pendant ce temps-là.

– Les prélèvements sur le capital ne sont pas assez importants. Selon François Chérèque « la réforme est supportée à 85% par les salariés »

La réforme est donc loin d’être parfaite. D’accord. Mais le principal reproche qui lui est fait, c’est qu’elle est insuffisante. La majorité des Français s’accordent tout de même sur le fait qu’il est inévitable de relever l’âge de la retraite. L’ampleur de la mobilisation semble alors un peu difficile à expliquer.

Un gouvernement impopulaire et des hommes politiques compromis

Pour mieux comprendre, penchons-nous un peu plus sur le contexte politique et social. Un chiffre intéressant pour commencer : au mois d’octobre, selon un sondage de l’Ifop, la popularité de Nicolas Sarkozy atteignait un record : seuls 29% des Français se disaient satisfaits de leur président, et la réforme des retraites n’est probablement pas la seule à blâmer. En effet, le gouvernement de Nicolas Sarkozy (surtout le gouvernement d’avant le remaniement de ce 14 novembre) était en proie à différents scandales qui ne jouaient pas en sa faveur.

Tout d’abord Eric Woerth, ministre du Travail jusqu’au 14 novembre, l’architecte de la réforme des retraites, se trouve compromis dans « l’affaire Bettencourt »[1]. Affaire d’autant plus choquante si l’on considère les énormes sommes d’argent en jeu, dans un contexte de crise et d’« austérité » dans les dépenses publiques.

D’autre part, la réforme des retraites venait après un certain nombre de réformes très impopulaires et dénoncées – au niveau européen notamment – comme xénophobes. Il y a d’abord eu la politique d’exclusion des roms, avec des évacuations musclées de nombreux camps dans différentes villes de France. Cette politique a d’ailleurs été fortement condamnée par l’Europe. Et puis il y a eu cette loi sur le retrait de la nationalité française, qui stipule que tout français ayant acquis la nationalité peut se la voir retirer en cas de crime grave, créant ainsi une inégalité flagrante entre français d’origine immigrée et français nés tels, et faisant sans complexe l’amalgame entre immigration et délinquance. Ces réformes axées sur la sécurité allaient apparemment trop loin puisqu’elles n’ont pas fonctionné comme les précédentes et ont fait baisser significativement la popularité du gouvernement Sarkozy.

Bien sûr, il faudrait aussi mentionner le contexte de crise, et le sentiment répandu que les banquiers et traders devraient payer pour cette crise dont ils sont responsables, et non les travailleurs dont on recule la retraite.

Retraites : problème résolu ?

On comprend donc un peu mieux l’ampleur de la mobilisation en se penchant sur ce contexte. Cependant, la réforme est bel et bien passée comme si de rien n’était. Elle a été votée fin octobre et sera appliquée à partir de 2011. Depuis, la mobilisation a bien faiblit et les travailleurs comme les syndicats se résignent. Toutefois, le débat sur les retraites reste ouvert. Les économistes se posent toujours la question : cette réforme permet-elle de sauver le modèle de retraite par répartition (les travailleurs payent pour les retraités) ou bien doit-on envisager un système de retraite par capitalisation comme celui des Etats-Unis par exemple (chacun épargne pour sa retraite pendant la durée de sa vie active). Certains parlent également d’une retraite à points. Les économistes planchent tous sur le problème du vieillissement depuis des années mais on n’a pas encore trouvé la solution miracle. Quand à celui qui trouvera la solution miracle pour empêcher les français de faire grève et de descendre dans la rue sans arrêt… il n’est pas encore né. Il paraitrait même que les étudiants anglais suivent l’exemple maintenant… où va le monde ?

C’est une explication à but non lucratif

[1] L’affaire Woerth-Bettencourt en bref :

Liliane Bettencourt, troisième fortune de France, est soupçonnée de très importantes fraudes fiscales. Il y aurait donc eu de possibles conflits d’intérêts pour Eric Woerth, ministre du Budget et trésorier de l’UMP au moment des faits. En effet, l’épouse d’Eric Woerth, Florence Woerth, travaille pour la société qui gère la fortune de Liliane Bettencourt. Divers enregistrements et documents compromettants sont aux mains de la justice et l’enquête est toujours en cours. Eric Woerth a été évincé du gouvernement lors du dernier remaniement ministériel.

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Nathalie Magne


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